Cécila by Mélanie Englebin, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Belgique

Octobre 2023, Mélanie Englebin claque la porte du tumulte bruxellois et plante ses couteaux à Ottignies, dans la Villa Monceau, l’ancien logis du comte Yves du Monceau de Bergendal. Après avoir bossé en tant que sous-cheffe chez Yves Mattagne, époque Sea Grill, affûté son talent au Four Seasons de Bora Bora et installé Cécila dans le quartier de la Grand-Place, la cheffe s’offre une mise au vert brabançonne.

C’est la deuxième fois qu’on pousse la porte du restaurant Cécila, et Mélanie nous accueille avec un grand sourire. Tout récemment, Gault & Millau lui a filé une troisième toque et a élu son menu végétal le « Meilleur de l’année 2025 » – de quoi garder la pêche.

Salon feutré, plancher sous les pieds, fenêtres ouvertes sur un jardin et un parc qui s’étire sans fin… A l’étage, six chambres grand confort gérés par les du Monceau. Une histoire de famille, un lieu au charme d’antan, et au cœur de tout cela : Mélanie Englebin, cheffe habitée, qui cuisine ici comme chez elle. Et surtout, à sa manière.

Car si Mélanie s’est fait un nom avec son terre-mer – elle ne sert jamais de viande sans l’associer à un poisson ou à un légume de la mer  – , c’est bien parce qu’elle déjoue les attentes, loin des évidences. Ici, pas de cabillaud-chorizo en pilotage automatique, non merci ! Chez Cécila, le poireau cuit à basse température se frotte à la salicorne pour un shoot d’iode, et le garum – cette sauce de poissons fermentés – s’invite là où on ne l’attend pas. Mélanie brouille les lignes entre terre et mer, abolit les frontières entre végétal et animal, et fusionne cuisine classique et saveurs contemporaines.

Et le voyage culinaire auquel elle nous invite s’apparente à une véritable aventure. Salade de petits pois et verveine citronnée, tagliatelles de seiche au piment d’Espelette – terre-mer évidemment pour un coup d’envoi magistral.

King crabe et chou rave imprégné, mayonnaise de pequillos, bouillon de jambon cru et huile d’estragon toasté – les saveurs en crescendo. Côté accord, même audace. Avec, parmi la sélection sans alcool, un Pomelo Asadan, cocktail botanique anversois élaboré à partir de piments Jalapeño fumés. Pour une union singulière mais fatale avec des navets chandelles glacés, anchoïade et garum. Poireau confit à l’huile, XO de poireau, hollandaise de salicornes, plancton végétal : là encore la créativité et la singularité du terre-mer de la cheffe font des étincelles.

Mélanie est une inconditionnelle des agrumes et des fruits délicats : elle le prouve avec, en dessert, des nèfles du japon fraîches et en sorbet, ganache yuzu, voile de lait d’amande, vinaigrette au thym. Douceur, fraicheur, un finale tout en élégance !

Mélanie nous bluffe, une fois de plus. Cheffe libre, exigeante, elle ne lâche rien sur la qualité, jamais ! Sa cuisine, singulière jusqu’au bout du couteau, ne ressemble à aucune autre. En faisant dialoguer avec audace deux mondes, la terre et la mer, qu’on pensait opposés, elle compose avec une liberté totale. Et ça, franchement, ça force l’admiration. Gros coup de cœur.

Photos : ©Servane Calmant

http://www.cecila-restaurant.com

https://www.instagram.com/cecila_bymelanieenglebin


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