À Bruxelles, les Niels sont les rois de la brasserie. Au Savoy, Au Vieux Saint Martin, Au Grand Forestier, de véritables institutions, rien de moins. Puis, en 2022, surprise : Frédéric Niels, quatrième du nom, et son père Albert-Jean, prennent tout le monde à contre-pied. Direction Waterloo, dans le très chic Brabant wallon, pour y installer le dernier-né : Le Claridge. Un nom qui fait écho à l’histoire familiale, clin d’oeil assumé à l’hôtel-restaurant lancé à Buenos Aires en 1948 par le grand-père et le grand-oncle de Frédéric.
Retour à Waterloo. Devant Le Claridge, un discret panneau Service Valet annonce la couleur : ici, le confort est une évidence. A l’arrière, échappée bucolique avec un jardin lumineux, un platane en guise de parasol naturel, et des tables prêtes à accueillir les beaux jours.





La véritable signature du lieu ? Elle est dedans, avec un décor qui flirte avec la galerie d’art. On dîne sous l’oeil attentif de Malcolm Morley (le tableau grand format à gauche en entrant, qu’on verrait bien dans notre salon), de Josh Smith, ou encore d’artistes bien de chez nous : Christian Dotremont, Rinus Van de Velde, Harold Ancart, sans oublier Walter Swennen qui revisite les moules-frites avec malice. L’art passe à table. Littéralement. Même la boite d’allumettes déposée sur la table vaut le coup : elle est griffée par l’illustrateur belge, Ever Meulen.
Côté déco, aucun risque de déjà-vu : chaises tubulaires inox et tables sur mesure par un jeune artisan belge, Weld Conception. Composition florale stylée, signée Lilas Blues à Rhode-St-Genèse. Rien n’est laissé au hasard.





Et dans l’assiette, là où tout se joue ? Du 100% maison, à commencer par les fameuses Oostendse grijze garnaalkroketten (en VO sur la carte) et les fondus au parmesan, notre coup de coeur : belle panure et… beaucoup de parmesan ! En salle, Sabrina mène le tempo avec la rigueur d’un métronome, épaulée par Marc, sourire complice en bandoulière. Service tout en souplesse.
On enchaîne avec une entrecôte grillée (300 g de pur bœuf irlandais), un classique bien maîtrisé. Frites croustillantes, mayo maison, cela va sans dire. En face, les moules de bouchot au vin blanc et crème au persil : chair ferme, cuisson juste, jus parfumé — rien à signaler, sinon que c’est très bon. A accompagner d’un Bourgogne blanc vieille vigne Domaine Masse, tout en finesse, servi au verre, notamment. Final en douceur avec un baba au rhum des Caraïbes, généreusement imbibé, comme on l’aime.
Le Claridge ne bouscule rien, mais affine avec panache la grande tradition des brasseries. Cuisine élégante, service soigné, cadre arty qui en impose. On y revient, encore et encore. Les Niels peuvent continuer à écrire l’histoire. On les suit volontiers.





Photos © Servane Calmant sauf 1©Bernard De Keyzer et 5©Claridge

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