Kruisherenhotel*****, Maastricht, Pays-Bas

À deux pas du centre-ville, ce monastère du 15e et son église gothique ont connu plus d’une vie : d’abord havre de paix pour les frères de l’Ordre de la Sainte-Croix, puis caserne militaire après les remous de la Révolution française — on a d’ailleurs retrouvé les formules chimiques des munitions de l’époque gravées sur les murs d’une suite de l’hôtel … comme une relique inattendue.

Au cours des deux siècles suivants, le lieu va connaître un long déclin, oublié de tous. Même Maastricht ne sait trop quoi en faire. C’est à ce moment que Camille Oostwegel Senior, entrepreneur spécialisé dans l’hôtellerie de luxe et la restauration de joyaux du patrimoine néerlandais (château Erenstein, Hôtel Brughof, Château Neercanne) entre en scène. Il pose son regard — et son ambition — sur ce monastère défraîchi et décide de l’acheter. Son idée ? Le métamorphoser en hôtel design de luxe. À l’époque, en 2003, c’est culotté. Visionnaire.

Deux ans de rénovation intense. Camille Sr. s’entoure de l’influent architecte d’intérieur, Henk Vos, et du maestro de la lumière, Ingo Maurer — deux artistes, vite devenus des amis, aujourd’hui disparus.

2005, le Kruisherenhotel lève le voile sur un savant cocktail d’histoire et de design : murs d’époque, vitraux gothiques ressuscités, fresques pieuses qui relatent la vie de Sainte Gertrude de Nivelles; le tout bousculé par des grandes signatures design — Starck, Le Corbusier, Piet Hein Eek, Rietveld … Et pour dynamiser l’ensemble, un ascenseur en verre et un cellier vitré. Une leçon de style à faire pâlir d’envie plus d’un palace aseptisé !

Visite des lieux : l’église gothique se réinvente en lobby chic, bar cosy, et Spencer’s, un resto perché en mezzanine sous des voûtes monumentales ornées de fresques d’un autre temps. Un vrai spectacle.

Partout, dans les chambres comme dans les espaces communs, des œuvres d’art à dénicher — une sélection pointue signée Françoise Oostwegel, curatrice et fille de Camille Sr., elle-même designer dans l’âme.

Et côté cuisine ? Depuis 2023, c’est le chef Camiel Custers qui tient les fourneaux, passé par le Château St. Gerlach — autre pépite de la dynastie Oostwegel. Dans l’assiette, ça danse : saumon mariné sur un lit de quinoa, rehaussé d’un gel de yuzu et de cresson fraîchement cueilli au jardin ; puis un rouget sublimé par une crème de petits pois ; enfin, un filet de bœuf fondant, accompagné d’un millefeuille de pommes de terre, ratatouille et sauce Madère. Bref, une cuisine française bien sentie, à la hauteur du prestige du Kruisherenhotel.

Le cloître, lui, a été repensé en chambres zen, toutes uniques, mais partageant la même vibe : murs immaculés, bois clair, tableaux contemporains. Certaines s’offrent même une vue imprenable sur les vitraux gothiques.

Le petit déj, façon buffet royal, se déguste en mezzanine. Parmi les incontournables : la fameuse tarte aux cerises de la boulangerie Hermans, institution familiale depuis 1936.

La famille, le véritable ciment de la réussite des Oostwegel. Depuis 2020, Camille Oostwegel Jr. a repris le flambeau et imprime peu à peu sa patte sur la Collection. Dernière initiative en date : le rachat du bâtiment de 1903 de l’Académie des arts, situé à côté du Kruisherenhotel, pour y ajouter 25 chambres et un restaurant. Ouverture prévue en 2028. Vivement y séjourner.

Photos ©Servane Calmant sauf 11 et 17 @Kruisherenhotel

https://www.oostwegelcollection.nl/kruisherenhotel-maastricht/

https://www.instagram.com/kruisherenhotel/


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