À Kraainem, coincé entre le flux continu du ring et les frondaisons de la forêt de Soignes — avec, deux détails qui pèsent dans la balance, une grande terrasse au vert et un parking gratuit —, Mizaru, petit frère de Sanzarù, cultive également l’art du grand écart culinaire. Là où son aîné chorégraphie une rencontre millimétrée entre Japon et Pérou, Mizaru met en scène des fondamentaux de la brasserie belge… à la sauce asiatique.
Nathan Urbanowiez (Sanzarù) et Antoine Cogels jouent la carte des classiques pour mieux la faire dérailler. Asperges à la flamande, fondu au fromage belge, filet américain maison : le répertoire est balisé, mais passe sous filtre asiatique. Sur le papier, le pari est original voire culotté. Et dans l’assiette ? Est-ce que ça vibre, est-ce que ça intrigue, est-ce que ça réveille vraiment les sens ?




On attaque avec un cocktail signature, le Purple Spart : gin Tanqueray, cuberdon, poivre de Timut. Interpelant, sauf que le fruité du Timut se fait happer par le sucré intense du cuberdon. A rééquilibrer. En face, un vin pétillant aux prunes umeboshi remet les pendules à l’heure : vif et franchement réjouissant. Pour éponger tout ça, quatre canapés de riz croustillant coiffés d’anguille fumée, de foie gras, de miso et d’un trait de citron vert. Bravo — on se surprend à lorgner la carte pour en recommander quatre !


Puis débarquent les incontournables croquettes de crevettes grises, piliers bien belges sauf qu’ici, Mizaru les twiste au saké, à saucer de citron confit et d’herbes fraîches — une alternative bienvenue au sempiternel persil frit. Franchement, on se régale et on savoure jusqu’à la dernière trace. Dans les verres, un viognier bien floral fait le lien sans forcer.
Place aux choses sérieuses : un vol-au-vent de coucou revu façon tom kha kai, galanga en embuscade, et, en face, un américain audacieusement monté au jaune d’œuf confit au soja (pour un concentré de saveurs), saupoudré de furikake (condiment japonais). Frites et mayo maison comme il se doit. Les assiettes sont nettes, bien cadrées. L’américain s’enrichit d’une profondeur umami, et emballe. En revanche, le vol-au-vent, annoncé comme best-seller, divise un peu : la touche asiatique tire vers une sucrosité prononcée, l’ensemble étant néanmoins soutenu par des produits irréprochables.
Malgré la salle pleine en cette douce soirée de printemps, le service ne décroche pas, précis, dans le tempo.
Au final, Mizaru impose sa vision d’une brasserie belge revisitée avec originalité où tradition et exotisme se marient sans complexe. Si quelques assiettes titillent plus que d’autres, l’ensemble séduit par sa précision et la qualité des produits. Suffisamment pour donner envie de revenir explorer d’autres détournements culinaires.





Photos ©Servane Calmant

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